Clément a poursuivi avec les poules et là, il m'a fait faire moi-même d'entrée. Si j'aimais le poulet disait-il - et je l'aimais au-delà de tout tant il était bon en 1960- il me fallait savoir le tuer proprement. On faisait ça, le pied gauche appliqué sur l'aile gauche pour bien plaquer la volaille à terre, la tête soulevée et tournée à droite, dans la main gauche et le couteau bien effilé, en main droite, sous le cou pour égorger d'un coup. J'ai constaté plus tard que Bertina, la servante de tante Olympe à Baie-Mahault en Guadeloupe avait exactement le même geste et j'ai aimé cette internationale du geste juste, de la même façon que m'a ravi l'emploi en créole de vieux français comme " galetas " pour grenier, terme que je n'avais jamais vu employer en France sauf dans Zola. Clément a fini par le lapin que j'aime tout autant, surtout préparé par ma mère, le dimanche, en gibelotte, c'est-à-dire au vin blanc et aux champignons. Là j'ai eu plus dur... On pratiquait le fameux "coup du lapin" : un coup d'une bûche prise sur le tas de bois, à côté, assené derrière la tête de la bête, tenue à bras tendu par les pattes arrières. Mais surtout, on terminait avec le pointu du couteau, cette fois, pour arracher aussi sec un œil et faire saigner tout le sang. Je n'aimais pas cette technique n'étant pas très courageux pour tout ce qui touche aux yeux. A la fin, pour le lapin, j'ai juste réussi à me consoler avec la suite de l'opération : le bruit de moquette qu'on décolle quand on "dépiaute " en tirant sur la peau et la fourrure de la bête accrochée à un clou des solives de la grange. Dessous c'est déjà, manifestement tout de suite du manger. Saint-Phy "le chêne populeux" retour marigot